• Camille Bazbaz - Sur le bout de la langue

    "J'ai, sur le bout de la langue
    un mot qui me brûle
    un mot qui m'embrouille
    La terre m'arrache les os
    me griffe le cerveau
    m'imbibe de bas en haut

    J'ai sur le bout de la langue, ton petit coeur qui tangue, sur le bout de la langue, ton petit coeur qui tangue, ton petit coeur qui tangue, ton petit coeur qui tangue.

    Il y a sous ta peau
    comme un frisson qui me touche
    un éclair sur ta bouche
    Couche moi près de toi
    Non je ne bougerais pas
    même si tu ne m'écoute pas

    J'ai sur le bout de la langue, ton petit coeur qui tangue, sur le bout de la langue, ton petit coeur qui tangure, ton petit coeur qui tangue, ton petit coeur qui tangue.

    Ne me montre pas du doigt
    si je veux tes mains d'abord
    si je te demande encore
    de, me raconter l'histoire
    des gens qui s'aiment une nuit
    des gens qui s'aiment une vie...

    J'ai sur le bout de la langue, ton petit cœur qui tangue, sur le bout de la langue, ton petit coeur qui tangue, ton petit cœur qui tangue, ton petit cœur qui tangue. "


    Merci à C.C. pour la découverte musicale et à JB pour le lien.

    3 commentaires
  • Parfois, il y a des bribes de phrases qui vous traversent l'esprit sans que vous arriviez à les saisir... Ca vous rappelle vaguement quelque chose, vous l'aviez pourtant sur le bout de la langue mais ... non ça vous échappe encore. Vous vous embourbez alors dans une mare confuse où surnagent les bons jours quelques mots fuyants et les autres juste une sorte de lointaine mélodie éraillée impossible à dévidée.

    Donc, un de ces fameux jours, je me mis à scander avec emphase et conviction des mots échappés dont ne sait quel recoin poussiéreux, espérant qu'ainsi le reste coulerait de source : «
    Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux... Un soir, j'ai assis la Réalité... Non, la Beauté... Et elle m'a craché dessus... Arffff... Je sais plus mais en tout cas la rencontre se passe mal, il ne conclut pas... Reprenons : "Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et elle m'a injurié ?... »

    Totalement obnubilée par ces mots, je m'oubliais à les marmonner sur mon lieu de travail où S. me dit : « Mais voyons Shoupi c'est Rencontres de Grand corps malade. » En réalité, elle m'appela par mon nom de baptême beaucoup plus glamour, mais bon je ne voulais pas vous déstabilisez mes chers lecteurs, je ne sais que trop qu'un rien vous perturbe. S. en tout cas éclaira ma quête de manière surprenante montrant ainsi que rien n'est plus tortueux que le chemin des résonances.

    Je continuais donc de déclamer ces phrases bancales en espérant que par magie les pieds manquants seraient retrouvés. Le temps passa, rien ne vint. Mes ânonnements de plus en plus désespérés finirent par attirer l'attention de J., expert en bourrique, qui me montra la sortie de ce labyrinthe littéreux en déroulant le fil de son érudition boosté par
    la Toile.

    Voici ces mots fuyants :
    «  Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.
    Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée.
    Je me suis armé contre la justice.
    Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon trésor a été confié !
    Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la bête féroce. »

    « Illuminations » dans Une saison en enfer de Paul Rimbaud


    Et voici en écho des extraits de Rencontre de Grands Corps Malade (le fichier est trop gros) :

    C'était sur une grande route, j'marchais là d'puis des jours
    Voire des s'maines ou des mois, j'marchais là d'puis toujours
    Une route pleine de virages, des trajectoires qui dévient
    Un ch'min un peu bizarre, un peu tordu comme la vie
    Evidemment j'étais pas tout seul, j'avais envie d'faire connaissance
    Y'avait un tas d'personnes et personne marchait dans l'même sens
    Alors j'continuais tout droit mais un doute s'est installé
    Je savais pas c'que j'foutais là, encore moins où j'devais aller
    Mais en ch'min au fil du temps j'ai fait des sacrées rencontres
    Des trucs impressionants, faut absolument qu'j'vous raconte
    Ces personnages que j'ai croisé c'est pas vraiment des êtres humains
    Tu peux parler avec eux mais jamais leur serrer la main [...]




    J'ai rencontré la poésie, elle avait un air bien prétentieux
    Elle prétendait qu'avec les mots on pouvait traverser les cieux
    J'lui ai dit j't'ai d'jà croisée et franchement tu vaux pas l'coup
    On m'a parlé d'toi à l'école et t'avais l'air vraiment relou
    Mais la poésie a insisté et m'a rattrapé sous d'autres formes
    J'ai compris qu'elle était cool et qu'on pouvait braver ses normes
    J'lui ai d'mandé tu penses qu'on peux vivre ensemble ? J'crois qu'j'suis accroc
    Elle m'a dit t'inquiêtes le monde appartient à ceux qui rêvent trop

    Un moment sur ma route j'ai rencontré l'amour
    J'lui ai dit tient tu tombes bien, j'veux t'parler d'puis toujours
    Dans l'absolu t'es une bonne idée mais dans les faits c'est un peu nul
    Tu pars en couille une fois sur deux faudrait qu'tu r'travaille ta formule
    L'amour m'a dit écoute petit ça fait des siècles que j'fais mon taff
    Alors tu m'parles sur un autre ton si tu veux pas t'manger des baffes
    Moi j'veux bien être gentille mais faut qu'chacun y mette du sien
    Les humains n'font aucun effort et moi j'suis pas un magicien
    On s'est embrouillé un p'tit moment et c'est là qu'j'me suis rendu compte
    Que l'amour était sympa mais que quand même il s'la raconte
    Puis il m'a dit qu'il d'vait partir, il avait des rendez-vous par centaine
    Que ce soir il d'vait diner chez sa d'mi-soeur : la haine [...]

    C'était sur une grande route, j'marchais là d'puis des jours

    Voire des s'maines ou des mois, j'marchais là d'puis toujours
    Une route pleine de virage, des trajectoires qui dévient
    Un ch'min un peu bizarre, un peu tordu, un peu comme la vie.


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  •    
        Un matin je m'étais levé maussade, triste, fatigué d'oisiveté, et poussé, me semblait-il, à faire quelque chose de grand, une action d'éclat ; et j'ouvris la fenêtre, hélas !

        (Observez, je vous prie, que l'esprit de mystification qui, chez quelques personnes, n'est pas le résultat d'un travail ou d'une combinaison, mais d'une inspiration fortuite, participe beaucoup, ne fût-ce que par l'ardeur du désir, de cette humeur, hystérique selon les médecins, satanique selon ceux qui pensent un peu mieux que les médecins, qui nous pousse sans résistance vers une foule d'actions dangereuses ou inconvenantes).

        La première personne que j'aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu'à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne. Il me serait d'ailleurs impossible de dire pourquoi je fus pris à l'égard de ce pauvre homme d'une haine aussi soudaine que despotique.

        « - Hé ! Hé ! » et je lui criai de monter. Cependant je réfléchissais, non sans quelque gaieté, que, la chambre étant au sixième étage et l'escalier fort étroit, l'homme devait éprouver quelque peine à opérer son ascension et accrocher en maint endroit les angles de sa fragile marchandise.

        Enfin il parut : j'examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis : « - Comment ? Vous n'avez pas de verres de couleur ? Des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! Vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n'avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! » Et je le poussai vivement dans l'escalier, où il trébucha en grognant.

        Je m'approchai du balcon et je me saisis d'un petit pot de fleurs, et quand l'homme reparut au débouché de la porte, je laissai tomber perpendiculairement mon engin de guerre sur le rebord postérieur de ses crochets ; et le choc le renversant, il acheva de briser sous son dos toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d'un palais de cristal crevé par la foudre.

        Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! »

        Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance ? 
                                                                                                                                                                             Baudelaire, Le Spleen de Paris
     

    J'ai cherché mais j'ai pas trouvé de virtrier, de remouleur, ni même un plombier à pousser dans mon ascenceur. Tant pis...


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