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Une étrange gueule de bois

   Workalcoolic, caféinoman, je nage entre deux eaux. Perceptions ouatées, langoureuses sensations de lenteur, tout me parvient décalé.

   Mon cerveau au ronronnement hypnotique a parfois des ratés, à toute berzingue  pourtant il analyse toutes ces données disparates qui sourdrent d'un monde bringuebalant. Simple spectatrice, j'observe grisée ce tohu-bohu primitif.

   Légère nausée, migraine lancinante, engourdissement des jambes, fourmillement des mains, tressautements des paupières, le corps s'anime d'une vie rien qu'à lui.

   La nuit, je déambule loin du repos réparateur jusqu'à ce que les heures se confondent et se fondent dans un magma fangeux. Errances nocturnes détruisant  les garde-fous un à un, elles laissent, les vilaines, le champ libre aux monstres enfouis guettant sournoisement dans l'ombre.

   Sommeil transmué en frénésie analgésique, coma oublieux imprégnant d'une moiteur glauque jusqu'aux jours, me rongeant insidieusement.

   Dans cette torpeur, des fragments de réalité m'arrivent violemment. Eclaircies fugitives surgissant la nuit ou au milieu du commencement de quelque chose, égaré un instant, le cerveau tend vers...rien. Implacable hallucination, la brume collante et froide s'impose et règne.

   Pousser la machine au seuil de la rupture. Tenir, tenir, surtout ne pas s'arrêter, ne pas penser, oublier.

   Plaisir malsain, je me vautre dans cette mare oublieuse. Je me dissolve. Je ne suis plus...

   Demain, la gueule de bois sera terriblement trouble.

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